Le quiproquo
Comme deux gouttes d’eau
ÉPISODE 10
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Bella, Balou et une caisse de transport verte
Maëva a 19 ans et quelques mois d’expérience en clinique vétérinaire. Elle veut bien faire. Si bien qu'elle note tout dans son petit carnet, se répète les consignes dans sa tête et pose des questions dès qu'elle a un doute. Enfin… presque toujours.
Ce mercredi-là, la clinique tourne à plein régime. Téléphone, consultations, chirurgies, clients qui viennent chercher des médicaments, animaux à rendre après leur intervention.
Parmi eux, deux jeunes Maine Coon opérés le matin même : Bella et Balou. Même âge ou presque. Même gabarit. Même couleur. Et des noms suffisamment proches pour ne pas vraiment aider.
À 15h30, le fils des propriétaires de Balou arrive pour récupérer son chat. Sandrine, l’ASV expérimentée qui encadre Maëva, lui demande d’aller chercher Balou, le Maine Coon, de vérifier qu'il a bien eu ses injections, de lui mettre sa collerette et de le placer dans la caisse verte.
Maëva va en chatterie. Elle voit la caisse verte posée au-dessus d’une cage. En dessous, un Maine Coon. L’injection est cochée. La collerette est là. Tout colle.
Fastoche ! Elle met le chat dans la caisse et le ramène à l’accueil.
Ce n’est que deux heures plus tard, lorsque les propriétaires de Bella viennent la chercher, que Sandrine découvre le problème.
Bella est partie. Balou, lui, est toujours là.
La bonne caisse de transport est partie avec… le mauvais chat.
Derrière l’histoire : quand on croit savoir qui est le patient
Dans une clinique vétérinaire, on parle rarement de nos patients avec leur identité complète. On dit : « le Maine Coon », « le chat roux », « la stérilisation de ce matin », « le détartrage », « le chien du scanner ».
Et la plupart du temps, ça fonctionne très bien. Parce qu’il n’y a qu’un Maine Coon. Qu’une stérilisation. Qu’un patient qui correspond à la description...
Alors, progressivement, ces raccourcis deviennent notre manière normale de communiquer.
Le problème apparaît lorsque plusieurs patients se ressemblent suffisamment pour que ces indices ne soient plus discriminants.
Ce jour-là, il y avait justement deux Maine Coon très similaires, deux noms proches et une caisse de transport placée au mauvais endroit.
Quand Maëva entre dans la chatterie, elle ne cherche donc pas vraiment à déterminer quel chat se trouve devant elle. Elle cherche le chat qu’elle pense déjà avoir trouvé. La caisse est verte. C’est un Maine Coon. L’injection est cochée. Tout confirme son hypothèse.
Il existe pourtant une fiche d’hospitalisation avec le nom de l’animal, son sexe et l’intervention réalisée.
Mais une vérification n’est pas infaillible simplement parce qu’elle existe.
Lorsque notre cerveau s’attend déjà très fortement à trouver une information, il peut lire trop vite, survoler un détail ou interpréter ce qu’il voit dans le sens de ce qu’il croit déjà savoir.
C’est tout l’enjeu de l’identitovigilance : ne pas compter uniquement sur notre attention pour éviter une confusion.
On peut rendre notre communication plus précise en utilisant systématiquement plusieurs éléments d’identification : le nom de l’animal, celui du propriétaire, le motif de prise en charge.
Et surtout multiplier les barrières.
Une consigne précise. Une identification au niveau de la cage. Une vérification avant de déplacer l’animal. Un dernier contrôle avant son départ... Pris séparément, chacun de ces gestes paraît presque inutile.
Mais quand une première barrière laisse passer une erreur, la suivante peut encore la rattraper.
Ce qu’on retient de l’épisode
Les erreurs d’identification ne viennent pas forcément d’un manque d’attention. Elles deviennent possibles lorsque nos habitudes de communication reposent sur des indices qui fonctionnent presque toujours… jusqu’au jour où deux patients se ressemblent trop.
L’objectif n’est donc pas simplement de « faire plus attention », mais de rendre les confusions plus difficiles : mieux identifier, mieux communiquer et multiplier les vérifications plutôt que compter sur une seule barrière.
